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Le Château des Evêques

Les Origines

Tel qu’il se présente actuellement, le Château des Evêques est l’œuvre de plusieurs siècles. Avant l’actuel Château des Evêques aurait existé un édifice plus ancien, un château primitif, le “Château-Vieux”, mentionné comme terroir en 1454 et situé aux Côtes de Bilhard, au confluent des ruisseaux de Saint-Marcellin et de Piat.

La première mention qu’on ait du “château” (sans qualificatif), se trouve dans une bulle de confirmation des possessions de l’évêché du Puy, accordée par le pape Alexandre III en 1165. Il y est écrit : burgum et castrum de Monistrol. Dans une autre bulle, celle du pape Clément IV en 1267, il est confirmé que « le bourg et le château de Monistrol » sont compris dans la mouvance de l’évêque du Puy.

C’est en 1270 que Guigon, seigneur de Saint-Didier, seigneur de Monistrol et de son “mandement” (sa seigneurie justicière), vend le château (vieux) à l’évêque du Puy Guillaume de la Roue, moyennant la somme de 1.360 livres, afin de pouvoir équiper sa troupe en partance pour la Croisade de Saint- Louis : la vente comprend les appartenances dudit château, avec tous les droits et revenus qui en dépendent, juridiction, patronages, chemins publics et privés, péages, usages, moulins, fiefs, lods, terres, prés, jardins, vergers, etc. Deux ans plus tard, Guigon donne quittance à l’évêque du Puy, pour la totalité de la somme (document conservé en original aux Archives Départementales). L’évêque Guillaume de la Roue (1260-1282), ancien moine de la Chaise- Dieu où il fut inhumé, était un homme à poigne: il eut de vifs démêlés avec les Polignac, ainsi qu’avec sa cité épiscopale dont il supprima en 1277 le consulat, à la suite d’insurrections. Est-ce lui qui, nouveau seigneur de Monistrol, voulut bâtir un château plus important et plus habitable ? C’est vraisemblable : le château neuf sera édifié plus près du bourg, sur le point culminant de l’éperon de Monistrol, sur un site moins naturellement défendu. C’est en tout cas ce château neuf que les évêques qui se succédèrent fortifièrent, agrandirent et embellirent au cours des siècles.

La résidence épiscopale

Et de fait, à partir du moment où ils en devinrent propriétaires, les évêques du Puy marquèrent une prédilection pour leur château de Monistrol : le 8 août 1309, à l’occasion de la fondation de la Collégiale de Saint-Marcellin par Jean de Castanet, fondation instituant un chapitre de 13 chanoines, le château est désigné sous le terme d’oppidum, c’est-à-dire place-forte, et Monistrol est dite seconde ville du diocèse. Un peu plus tard, l’évêque Jean de Chandorat meurt au château de Monistrol, le 15 septembre 1356. L”un de ses immédiats successeurs, Pierre VIII d’Ailly (1395-1397), surnommé le “marteau des hérétiques”, entreprend au château d’importantes réparations au cours de ses séjours prolongés. A cette époque, l’entrée principale du château était vraisemblablement à l’opposé de l’actuelle, sur la façade sud-ouest, le long du chemin de l’Ermitage. On y voit toujours la voûte de ce qui devait être la poterne d’entrée, à côté de la petite tour “du Buisson”.

Jean de Bourbon

Mais c’est à Jean de Bourbon (1443-1485) que revient le mérite d’avoir transformé le château. Fils naturel reconnu de Jean Ier, duc de Bourbon, il obtint le pallium des mains du pape Eugène IV qui le fit évêque en lui accordant la dispense sur le défaut de sa naissance, compte tenu de ses grandes vertus. Les armes de l’évêque étaient « d’azur, à trois fleurs de lysd’or, 2 et 1, à la cotice de gueules brochant sur le tout ». Le sceau secret de Jean de Bourbon offre l’écu de Bourbon « sans signe de bâtardise ». A son arrivée dans le diocèse, il trouva le Velay ravagé par les fameux Routiers, soldats “au chômage” qui dévastaient les campagnes de France épuisées par la Guerre de Cent Ans, et contre lesquels avait guerroyé Du Guesclin. Le 8 octobre 1466, il y eut une transaction passée entre Jean de Bourbon et le chapitre de Monistrol, en règlement des dîmes et quarts, dans le mandement de Monistrol. L’évêque savait fort bien défendre ses prérogatives et n’hésita pas à faire jeter dans les basses fosses du château, pendant 15 mois, deux clercs du Puy qui s’étaient appropriés en partie les offrandes des fidèles.

Ayant un goût éclairé et aimant à « faire édifices », comme le dit le chroniqueur ponot Etienne Médicis, il bâtit à Yssingeaux le donjon, et construisit en 1448 la grosse tour du château de Monistrol, appelée “Tour Barbe” parce que servant entre autres choses de réserve de poudre et munitions pour la défense de la forteresse. Cette tour aux épaisses murailles, au contour impressionnant, était plus élevée que de nos jours. Il fit aussi recreuser les fossés, reprendre les fortifications et embellir le parc du château où il venait souvent. Jean de Bourbon mourut le 2 décembre 1485. 


Le 16e siècle et les Guerres de religion

Les successeurs de Jean de Bourbon, Geoffroy de Pompadour, Antoine de Chabanes, François de Sarcus, Antoine de Sénecterre, séjournèrent à plusieurs reprises à Monistrol, et restaurèrent la demeure épiscopale. Au deuxième étage de la tour Barbe se trouve une cheminée monumentale aux armes et au chiffre de Sénecterre, datée de 1578. Pendant les Guerres de religion comme pendant la lutte des Armagnacs et des Bourguignons, le château eut fort à souffrir. Au cours d’une incursion des “religionnaires” en notre ville (peut-être celle du 2 août 1562), la hauteur de la tour Barbe aurait été ramenée à celle d’aujourd’hui. Ce jour-là, « un homme se disant le capitaine Lespine, autrement Le Mas, comme principal ayant charge du baron des Adretz, avec grande suite d’armée de gens tant à cheval que à pied » entre dans notre ville, s’y installe durant trois jours, pillant l’église, brûlant les archives du chapitre et de la maison consulaire, emportant les vases sacrés et le reliquaire de saint Marcellin. En 1597, par lettres patentes confirmées par le Parlement de Paris (conservées en original aux Archives Départementales), le roi Henri IV, pacifiant son royaume, enjoint au sieur de Champetière de Paulin de restituer à l’évêque du Puy la ville et château-fort de Monistrol, dont il s’était emparé au moment des guerres de religion. 

Armand de Béthune

On peut dire sans exagérer que le “ Siècle de Louis XIV” fut aussi pour Monistrol le Grand Siècle, grâce à l’arrivée sur le siège épiscopal d’un évêque d’envergure : Armand de Béthune. Né en 1635, il était le petit-neveu du célèbre ministre d’Henri IV, Sully ((« Labourages et pâturages… »). A 26 ans, il fut nommé évêque du Puy, succédant à Monseigneur Henri de Maupas. Mais ce n’est que quatre ans plus tard qu’il fut officiellement consacré par une bulle du pape Alexandre VII en date du 10 mai 1665. Le 25 août de cette année, il fit au Puy son entrée triomphale, et, selon les chroniqueurs locaux, « charma les cœurs par son air honnête qui ne rabaissait point sa haute mine ». Durant 38 années, il consacra « toute son application au bien de son diocèse, régulier dans ses visites,
infatigable dans le travail, exact dans ses fonctions ». Son goût pour les arts lui faisait apprécier la musique autant que la peinture ou la sculpture, comme en témoigne l’inventaire de ses biens, à son décès, qui cite un nombre impressionnant de tableaux (950 !), de gravures, de dessins et d’estampes (140). Mais c’est surtout Monistrol et son château qu’il fit bénéficier de son goût si prononcé pour les arts. Du grand château féodal « flanqué de plusieurs tours, sans cours ny issues », il fit une fort belle résidence pour les évêques du Puy qui n’avaient plus de séjour depuis la ruine d’Espaly par les hérétiques. Il fit bâtir une nouvelle galerie, pour remplacer l’ancienne, fit faire deux beaux escaliers de pierre de taille, plusieurs appartements. Les travaux de restauration furent justifiés en ces termes par l’évêque : « Comme la terre de Monistrol est la plus considérable de la mense épiscopale, soit par son avenir, soit par la beauté de sa situation et son bon air, soit par l’utilité de ses marchés, pour la débite de ses denrées, soit par la grandeur des bâtiments que les évêques de Bourbon y avaient commencés et que les guerres avaient presque tous minés, nous résolûmes de nous y appliquer uniquement à la rétablir et à la rendre un séjour agréable pour la demeure des évêques, et d’accompagner la beauté naturelle du lieu de tout ce que l’industrie nous pourrait inspirer pour la rendre complète ».

Résultat : huit ans de travaux, 100.000 livres de dépenses, un château vraiment digne de ce nom, avec un parc et des allées majestueuses, une orangerie et… une ménagerie ! A côté du château, l’évêque fit aussi construire en 1672 un ermitage pour son conseiller intime, le frère Jean Coppin, des ermites de Saint-Jean-Baptiste, qui l’aida dans les aménagements de son domaine de Monistrol. C’est là que le frère Théodore écrivit son Histoire de l’Eglise angélique de Notre-Dame du Puy, parue en 1693.



Armand de Béthune fit venir de Montpellier un maître-sculpteur talentueux, Pierre Vaneau (1653-1694). On lui doit de nombreux chefs d’œuvre, entre autres le superbe retable en bois doré qui se trouve dans la chapelle du couvent des Ursulines. Vaneau fit école : Mathieu Bonfils, son beau-frère, fut son élève le plus doué. Armand de Béthune mourut le 10 décembre 1703. Son acte d’inhumation précise que « ses entrailles ont été enterrées le douziesme du moi dans le sanctuaire de l’église parroissiale dudit Monistrol du côté de l’Evangile,
près le balustre dudit sanctuaire et (que) le reste de son corps a été transporté au Puy pour estre inhumé selon sa dernière volonté dans l’église des religieuses de Notre-Dame du Refuge. Le dit Seigneur Evêque estoit agé d’environ soixante neuf ans, et il est mort dans la trente neuviesme année de son
épiscopat ». 

Les derniers fastes


Au XVIIIe siècle, les successeurs d’Armand de Béthune continuèrent de s’intéresser à leur Castelgandolfo monistrolien. Claude de la Roche-Aymon (1704-1720) demanda dans son testament, qu’à sa mort soient vendus “à l’encan tous les meubles de sa résidence monistrolienne, au bénéfice des hôpitaux d’Yssingeaux et de Monistrol. Il avait en 1706 installé ce dernier dans une ancienne grange située au Prévescal (actuellement l’école primaire publique) : L’hôpital restera à cet endroit jusqu’en 1909, date à laquelle il sera transféré au château. Godefroy II de Conflans ne siège que cinq années. Il meurt le 14 mars 1725 au château, qui fut ravagé par un incendie l’année précédente. François- Charles de Béringhen entreprend des réparations qui s’élèvent à 649 livres, comme l’atteste le mémoire qu’on en a conservé. En 1735, il fait construire le pavillon situé à l’angle de l’aile nord-ouest et de la façade sud-ouest. Jean- Georges Le Franc de Pompignan (1742-1774) préférera abandonner le siège du Puy pour l’archevêché de Vienne, avant de finir sa carrière comme Président de l’Assemblée Nationale Constituante. Comme son frère le poète Jean-Jacques Le Franc de Pompignan, il fut un adversaire virulent des Philosophes des Lumières.

Enfin, alors que monte sur le trône le jeune roi Louis XVI, est nommé au Marie-Joseph de Galard de Terraube. Il sera le dernier évêque du Château. Amateur d’art éclairé, il continua l’œuvre d’embellissement de ses prédécesseurs : un artiste monistrolien réputé, Pierre Miramand, exécuta pour lui la superbe rampe en fer forgé qui orne toujours l’escalier d’honneur du château. Mgr de Galard fit également transporter du Puy à Monistrol un nombre important de vestiges architecturaux pour orner son enclos d’un musée lapidaire, dont on cherche encore en vain les restes. Enfin, on tenait salon chez l’évêque, comme dans beaucoup de petites villes de province à la veille de la Révolution : le baron de Vitrolles, homme politique français qui sera ministre sous Louis XVIII, relate dans ses Mémoires les soirées cultivées qu’il passa à Monistrol durant l’automne 1788. Sans doute y commentait-on l’Encyclopédie de MM. Diderot et D’Alembert…

La Révolution et le 19e siècle

Le 1er janvier 1791, Mgr de Galard, qui s’est retiré à Monistrol chassé du
Puy par son remplaçant, l’évêque constitutionnel Delcher, perd officiellement la jouissance du château de Monistrol, devenu bien national. Le 14 mai, le prélat est mis en demeure par la municipalité d’avoir à quitter Monistrol dans les plus brefs délais,« car malgré le bien qu’il a fait dans le pays, il est indésirable à Monistrol où il risque d’occasionner des malheurs » : le bruit court qu’il veut fortifier le château et “foudroyer” la ville. Des “patriotes” veulent investir et brûler le château. Le 19 mai, Mgr de Galard part pour l’exil, en Suisse, dans le monastère de Saint-Maurice-de-Valais, puis en Allemagne, à Ratisbonne où il mourra en 1804. Après le départ du “ci-devant” évêque, une perquisition a lieu au château par le procureur de la commune accompagné de gardes nationaux. On pense trouver des armes et munitions entreposées par des ennemis de la Nation, mais, « de la cave au galetas, et jusqu’aux latrines », la recherche est vaine. Les patriotes découvrent tout de même et brûlent des brochures « inconstitutionnelles, incendiaires et plus meurtrières que des armes à feu ».

Le 10 juillet 1791, vente du château et de ses dépendances à Joseph-Balthazard Bonnet de Chabanoles, de Grazac, pour 39.000 francs. Le 12, huit arbres sont coupés dans l’enclos, et 44 carreaux brisés dans les appartements. En 1793, le château est mis à la disposition du district (arrondissement), Bonnet étant accusé de conspiration : en avril, le mobilier, le jardin et une vigne du château, sont vendus pour la somme de 27.120 livres. En mai, la municipalité demande au représentant en mission Guyardin, l’autorisation d’installer au ci-devant château le directoire, la municipalité, le tribunal de paix, le comité de surveillance, la gendarmerie et les prisons. C’est de ces prisons que le 1er brumaire an II (23 octobre 1795) deux prisonniers s’évadent « en empruntant la cheminée qui communique avec les appartements situés sous la Tour ». Les prisonniers restants sont alors enfermés dans le “Bas cachot”, jusqu’à leur départ pour le tribunal d’Yssingeaux. Le 9 thermidor an II (chute de Robespierre et fin de la Terreur), le citoyen Bonnet peut récupérer son château, dont le mobilier a été pillé ou vendu, et le parc saccagé : statues mutilées, marbres et sculptures détruits. Il s’occupe de le remettre en état. Les prêtres recommencent à dire la messe dans l’église du château. 

Le 28 août 1811, « de par l’Empereur et Roi (sic) » a lieu la prise de possession du château et de ses dépendances par la municipalité. Le sieur Bonnet déclare vendre à perpétuité tous les bâtiments, terres et fonds de toute nature acquis du cy-devant district de Monistrol le 10 juillet 1791, contre la somme de 200.000 francs. La mairie escompte établir dans les bâtiments un dépôt de mendicité — entendons un hôpital —, mais les évènements (chute de l’Empire en 1814) ne permettent pas la mise à exécution du projet.
Une expertise jointe à l’acte de 1811 nous laisse une description détaillée de l’intérieur du château à cette époque :
« Composé de 5 corps de bâtiments réunis, flanqués d’une grande et forte tour et d’une moyenne, il comprend un rez-de-chaussée et deux étages. Le perron d’entrée épouse la forme d’un fer à cheval en pierres de taille, mais il est dégradé. Le rez-de-chaussée, avec un bel escalier muni d’une rampe en fer forgé, présente une salle à manger d’été, de petites salles pour l’hiver, deux salons, une chapelle totalement dégradée, la cuisine dans la grande tour, et des communs à côté du vestibule. Ces pièces forment quatre corps de bâtiments au milieu desquels existe une cour et une citerne en mauvais état. Le cinquième corps est inachevé, le toit en est dégradé. La tour moyenne sert d’office ; à côté, un petit pavillon pour latrines. Au premier étage, quatre appartements à droite séparés des cinq autres par un corridor, tous en bon état. Un grand appartement carré dans la grosse tour ; une chambre en alcôve dans la moyenne. Le cinquième corps de bâtiments comme celui du rez-de-chaussée, reste inachevé. Le deuxième étage comprend deux galetas et cinq chambres pour domestiques, séparées par un corridor et un poste d’observation dans la grande tour. Les planchers, en général, sont en bon état, ainsi que les plafonds. Les écuries et hangars, faits de mortier de terre, sont en mauvais état, ainsi que la plupart des murs de clôture ».

En 1821, les Ursulines, chassées par la Révolution, et repliées à Saint-Chamond, reviennent à Monistrol. Le collège installé dès 1804 dans leur couvent par le curé Labruyère, est alors transféré au château. Les élèves comblent avec des pierres le bassin de l’évêque. Trois ans plus tard, en 1824, le collège déménage de nouveau : il quitte le château pour s’installer dans l’ancien couvent des Capucins (aujourd’hui LPP Ecole technique). Le château est alors acquis par M. Jean-Bernard de Monteyrimard (adjudication du 22 décembre). Pour peu de temps… En 1833, le château est en vente à Saint- Etienne en l’étude de Maître Gurbié, notaire. La commune désire l’acquérir pour la somme de 22.000 francs, tous frais compris. Une souscription pour procurer les fonds nécessaires a déjà produit 15.000 francs. La différence sera obtenue par la vente de certains fonds attachés au château. Mais l’affaire ne se conclut pas.

En 1834 enfin, M. Verdaulon, négociant à Lyon, gendre de M. de Monteyrimard, vend le château en deux parties, qui seront désormais distinctes :

- 1° le 4 août, la partie gauche appelée “la fabrique” ou “la chapelle” et le rez-de-chaussée ou cuisine de la grosse tour à l’abbé Bonnet, curé de Monistrol de 1823 à 1867. Il faudra six années de réparations pour remettre en état cette aile du bâtiment ; mais dès 1838, en accord avec la municipalité, le curé Bonnet adresse au Provincial de Lyon une demande de Frères des Ecoles Chrétiennes pour diriger l’école communale. Outre la partie du château qui lui appartient, le curé Bonnet offre une somme annuelle de 800 francs, et la municipalité 1.000 francs pour trois frères et deux classes. Le 3 juin, les Frères, instituteurs communaux, s’installent au château, et les deux instituteurs en place cessent de faire l’école. – 2° le 13 décembre, la partie droite (façades avant et arrière, aile sud-ouest) à M. Charles-Régis Pagès, ancien juge de paix du canton de Saugues, installé à Monistrol. Par acte du 10 février 1842, il vend sa part à M. Camille de Brye, sauf toutefois le 1er étage de la grande tour dont la commune de Monistrol est propriétaire. Le 31 janvier 1860, le nouveau propriétaire autorise le maire de Monistrol à « abattre les arbres de la grande allée, jusqu’à l’escalier » et les vendre afin de procurer l’argent nécessaire au nivellement de l’allée du château. M. Camille de Brye meurt le 15 février 1876. Trois mois après, le 29 mai, M. Zénon-Marcellin Fayolle de Mans, fils de Benoît, maire de Beauzac, se rend acquéreur de la partie “privée” du château, au prix de 28.000 francs. Sa fille, Alice de Mans, épouse le colonel Henry Blanc (devenu ainsi Blanc de Mans), et ils habitent au château.

Au mois d’août 1909, un incendie ravage une partie du bâtiment, la foudre tombant sur un arbre à côté du pavillon : Le château venait juste d’être vendu à la commune par le colonel ! Après trois années de réparations et un échange intervenu entre la commune et l’administration de l’hôpital — l’ancien hospice du Prévescal deviendra mairie et école publique — l’hospice s’installe au château. Il y restera jusqu’en 1989… 

Aujourd’hui et demain….

Le Château des Evêques est désormais entièrement bâtiment municipal. Sa partie avant, qui héberge l’Office de tourisme, sert de centre culturel, animé par  l’Association des Amis du Château : celle-ci organise de nombreuses manifestations ayant pour but de mettre en valeur l’édifice et de le restaurer, en liaison avec la Société d’Histoire.

Histoire de Monistrol

MONASTERIOLUM / MONISTROL

Monistrol devrait son nom à l’existence, au haut Moyen Âge, d’une petite communauté religieuse, monast(e)riolum, peut-être un ermitage, lequel aurait donné lieu à la légende de l’ermite saint Antoine tenté par les diables de Bilhard, une tradition renforcée par la présence au Moyen Âge d’une commanderie d’Antonins, moines hospitaliers.

_Monistrol_grev-meiunier18esMonistrol au XVIIIe siècle. Gravure de Meunier (BnF)

L’agglomération de Monistrol (vicus) est attestée autour de l’an Mil : elle est mentionnée dans les Miracles de saint Robert, fondateur de l’abbaye de La Chaise-Dieu, ainsi que dans une bulle du pape Alexandre III de 1173.

adutrumque_ADMIN_Jul-02-1905-2013_Conflict-2-2-2Monistrol armes et devise: Ad utrumque paratus

D’après une source moins historique, la ville et l’église de Monistrol auraient été assez importantes à la fin du IXe siècle pour que l’évêque leur confie les ossements de saint Marcellin, considéré comme le deuxième évêque des Vellaves, après saint Georges. La paroisse serait ainsi devenue « Saint Marcellin de Monistrol ».

Aux Xe-XIe siècles, à côté et à l’ouest de l’agglomération organisée autour de l’église, apparaît un premier château, une tour plutôt, sur les rochers qui dominent le confluent des ravins. Vers le milieu du XIIe siècle, une nouvelle église est construite, une église romane dont il nous reste la nef et le chœur sous le clocher.

En 1270, l’évêque du Puy   Guillaume de La Roue achète toute la seigneurie de Monistrol avec son château (castrum) au seigneur Guigue ou Guigon de Saint-Didier.

Les évêques du Puy seront désormais seigneurs de Monistrol, comme il sont comtes de Velay : la devise de la cité illustre ce double pouvoir civil et religieux : AD UTRUMQUE PARATUS (prêt à tout, aux deux situations, à l’une comme à l’autre, c’est-à-dire à la guerre comme à la paix).

Le « seigneur évêque » construit à Monistrol un « nouveau » château, signe de sa puissance, au sommet du promontoire dominant le confluent des deux ruisseaux enserrant la ville, alors que le précédent, le « château vieux » se situait plus en contrebas. Ce sera une sorte de résidence « secondaire » jusqu’à la Révolution. Les prélats n’auront de cesse d’améliorer et d’embellir leur château : Jean de Bourbon au XVe siècle le fortifie ; Antoine de Senecterre au XVIe le pare d’une belle cheminée armoriée dans une salle au beau plafond à fougères ; Jacques et Just de Serres au début du XVIIe siècle, puis Armand de Béthune sous Louis XIV, en font une superbe demeure classique. Marie-Joseph de Galard, juste avant la Révolution, en aménage le parc.

Monistrol est aussi très tôt une cité importante du Velay, de par sa situation stratégique aux limites du Velay, du Forez et du Vivarais, du Languedoc et du Lyonnais. Preuve de cette notabilité, son église, de fondation romane, est le siège d’un des trois archiprêtrés du diocèse, et depuis 1309 c’est une collégiale, son curé étant assisté d’un chapitre de 13 chanoines.

Dans la période faste qui va de la fin de la guerre de Cent ans au début des guerres de Religion, Monistrol connaît une véritable expansion, dont il reste des traces : la « grosse tour » du château ; des maisons de ville à escalier en vis et meneaux ; des portails gothiques, des maisons fortes, aujourd’hui en ruines (le Chambon, Paulin, Cazeneuve, les Hivernoux) ou embellies au 19e siècle (Martinas, Foletier et, plus sobrement, le Flachat).

Mais Monistrol est avant tout une ville éminemment religieuse qui brille d’un vif éclat au XVIIe siècle avec l’implantation de religieuses Ursulines et de frères Capucins.

Le XVIIIe siècle se signale par une ambition de modernisation : l’hôpital rebâti en 1706, le cimetière déplacé vers l’extérieur de la ville, une école de filles fondée par les sœurs de Saint-Joseph. Surtout, en 1757-1758, une route carrossable est construite pour la première fois entre Le Puy et Saint-Étienne. C’est le Grand Chemin (actuelle avenue de la Libération), qui, tracé en ligne droite assez loin de la ville murée, change le visage de Monistrol, en attirant à lui une urbanisation nouvelle.

Les deux activités « industrielles » principales de Monistrol sont la serrurerie et la passementerie, comme Saint-Étienne dont elle subit incontestablement l’influence, et elles le demeureront jusqu’au XXe siècle : l’exode rural frappe alors la cité qui sortira de la crise économique au prix d’une reconversion industrielle (implantation d’usines de plasturgie et essor du tertiaire). Le climat tempéré des Marches du Velay et la proximité de l’agglomération stéphanoise attirent les citadins désireux d’échapper à la vie urbaine, faisant de Monistrol en ce début de XXIe siècle la deuxième cité du département par sa population, avec toutes les infrastructures souhaitables pour y bien vivre.

  1. L.-R.

Références bibliographiques :

– Marcel ROMEYER, Monastrolium… ? Monistrol-l’Evêque… ? Monistrol-en-Velay… ? Monistrol-sur-Loire, Firminy, 1973. Réédition : Monastrolium… ? Monistrol-l’Evêque… ? Monistrol-en-Velay… ? Monistrol-sur-Loire, Monistrol de l’ère nouvelle!, Monistrol-sur-Loire, 1994.

– Ecrits de Philippe MORET, dans le cadre des Chroniques Monistroliennes, de conférences ou d’expositions au Château.

– Articles divers des Chroniques Monistroliennes.

La Tour de l’Arbret


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Improprement appelée « Donjon », la tour dite de l’Arbret constitue le dernier vestige des  remparts de Monistrol dont il était une des tours pivots, à laquelle était accolée la porte de l’Arbret, l’une des entrées principales de la ville.

L’édifice menaçant ruine, il a été menacé de démolition, mais les efforts de la Société d’Histoire pour le sauvegarder ont permis sa restauration. Il est actuellement le siège de la Société d’Histoire et de Monistrol Animation.

Patrimoine

Patrimoine

Monistrol, petite capitale des Marches du Velay nord-oriental, est une ville dont l’aspect a été profondément modifiée depuis le Moyen Âge, notamment à l’ère « industrielle ». Elle conserve cependant un patrimoine architectural très important, qui témoigne fortement de son histoire. L’archéologie, les archives religieuses et civiles, les documents iconographiques conservés, permettent de re(con)stituer ce patrimoine et aident à sa conservation et sa mise en valeur.

Une exposition d’été au Château, en 2011, Monistrol d’antan, a été consacré à cette histoire patrimoniale … Elle faisait suite, bien après elle, à la publication en 1988 par la Société d’histoire, d’un recueil de cartes postales, clichés et photographies anciennes, qui avait le même nom : Monistrol d’antan.

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L’ouvrage est encore disponible, en vente au Château des Evêques, au bureau de l’Office de Tourisme.

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